27/11/2007
Les auteurs
Version 4.03 - 27/09/2008
En novembre 1982 je rencontrai Paul Pevée, médecin à Cheratte près de Liège en Belgique.
A la fin de notre entretien il me dit que François Walthéry fut son chef scout et du fond de son grenier il me dénicha un dessin de François réalisé à +/- 17 ans.
Quelques jours plus tard, à l’improviste, je me rendis chez Monsieur Walthéry. Sa maman m’ouvrit la porte. Une charmante femme d’un certain âge qui me fit pénétrer dans sa cuisine et me servit un café avec un large sourire.
J’avais 36 ans. Elle me parla de son fiston durant une heure et comme il ne revenait toujours pas nous avons convenu que je reviendrais plus tard…
En fait j’étais content de ne pas l’avoir vu. Timide je préférais m’imprégner de l’ambiance des lieux avant de rencontrer celui que je considérais et considère toujours comme un Maître. Je garderai toute ma vie le souvenir de ce premier contact, simple et chaleureux.
Ce fut au début de 1983 que je rencontrai le Maître. Souriant, gentil, affable il m’introduisit dans son antre dont les murs étaient couverts de dessins, peintures, œuvres d’arts de ses amis, copains, relations.
Pour un passionné comme moi cela aurait été un réel bonheur si j’avais pu admirer un à un tous ses dessins, mais ce ne fut pas le cas. (Il faudra que je le lui rappelle).
Lorsque je lui demandai s’il accepterait que je conçoive un scénario pour lui, je fus le premier étonné d’une réaction positive. Mais il me prévint que cela prendrait beaucoup de temps parce qu’il était surchargé de scénarios (scénarii).
L’année 1983 fut celle de la réflexion. En décembre je lus dans le Figaro la composition de la drogue qui transforme un homme en zombie et le 21/12/1983 je commençai la première ligne de « Planche à voile pour Natacha » qui devint « Atoll 66 ».

De gauche à droite : Bruno Di Sano, François Walthéry, Guy d’Artet.
Photo de Philippe Cauvin venu spécialement de Paris.
1 - François Walthéry (17 Janvier 1946)
Né pour dessiner des « petits Mickets ». Enfant de Cheratte, près de Liège en Belgique, il vit parmi les pigeons. Collectionner les statues de Tchantchès plutôt que les nains de jardin serait normal, mais chez lui vous ne verrez ni l’un, ni l’autre.
D’une gentillesse rare il sait ce qu’il veut. Jamais il ne vous contredira car il a le sens inné de la diplomatie. Il suffit d’un regard, voire d’un silence plus ou moins long et vous aurez compris que votre idée, quoique excellente, n’est peut-être pas la bonne.
D’une richesse incroyable en amitié, c’est un être profond. Il est fidèle à ses maîtres que sont Mittéï, Peyo, Cauvin, Tillieux, ses scénaristes, ou Franquin qu’il vénère. Sa maman, son épouse, son fils … sont tout pour lui. Tout ? Pas tout à fait car je n’ai pas cité « LE » café Braham à Cheratte.
1967 il crée Natacha avec Gos. 40 ans après il publie sa 20ème aventure « Atoll 66 ». C’est un double anniversaire. C’est aussi les 10 ans des éditions Khâni.
2 - Bruno Di Sano (14 Octobre 1951). http://www.disano.be/
Lorsque François commença l’histoire il me dit qu’il sera assisté par Bruno Di Sano pour les décors.
J’appréciais ses œuvres mais ne connaissais pas l’homme et me réjouissais de le rencontrer. Je lui ai envoyé un mail auquel il a aussitôt répondu avec beaucoup de gentillesse.
Avant d’être dessinateur professionnel, il fut mécanicien automobile. Je pense que c’est de là que lui vient le goût de dessiner des « femmes punaisées » Lorsque vous rentrez dans un garage et voyez un superbe dessin de femme fixé au mur par 4 punaises, cela s’appelle une pinup.
Berthet, Elvgreen… Di Sano et Walthéry dessinent admirablement bien les pinup’s.
Son héroïne s'appelle Johanna, en collaboration avec François Walthéry et Mythic. En sus il va reprendre la série Rubine qui était dessinée par de Lazarre et Boyan, aussi en collaboration avec François Walthéry et Mythic.
Notre collaboration me fit découvrir les « Rubine » qui sont des aventures policières américaines sur un scénario en béton. Géniales, je les conseille vivement. Impossible de s’endormir avant d’avoir terminé l’histoire.
3 - Guy d’Artet (15 Janvier 1946).
Il y a déjà quelques années, il propose à François Walthéry un récit qui, pense-t-il, pourrait convenir à Natacha (dont il est secrètement épris)… Sans trop y croire. A sa grande surprise, le maître de Cheratte lui répond « il faudra l’adapter, mais on le fera ! ». Guy est fou de joie !
Ce qui s’appelait alors « Planche à voile pour Natacha » deviendra « Atoll 66 », le numéro 20 de la série. Une des aventures les plus originales de la belle hôtesse de l’air.
Texte de François Walthéry.
3.1 - La signature.
"Guy d'Artet"
Ne sachant pas dessiner et devant dédicacer quelques fois, je demandai à François un travail un peu spécial, une signature représentant mon nom. C'était aussi un plus pour le lecteur que d'avoir un "dessin" inédit dans son album.
Le titre initial fut « Planche à voile pour Natacha ». François lui a préféré "Atoll 66" pour deux raisons :
a.- Atoll se traduit dans presque toutes les langues. Natacha en possède huit.
b - Une recherche de 66 sur internet amène route 66, road 66 et il espère que bientôt Atoll 66 apparaîtra. Ce n'est pas bête.
Ainsi je désirais une signature marine pleine de fantaisie. représentant un bateau de lac. Ce serait une signature marine pleine de fantaisie. Ce serait un bateau de lac.
Le « G » ferait la coque qui se prolongerait par un plongeoir.
La « u » pourrait être un cordage, une bouée.
Le « y » serait le gouvernail.
Le « d » avec un oeil serait l’œil du requin.
L’apostrophe « ‘ » pourrait être une mouette.
Le « A » est parfait pour une voile.
Le « r » a un petit air perdu.
Le « t » fait rêver car il peut servir de grand mât, de petit mât, de girouette …
Le « e » sera muet.
Le « t » suivant sera difficilement un grand mât, ce rôle étant réservé au premier.

C’est ici que je passe la main et vous souhaite une excellente lecture. C’est vous amis lecteurs qui par vos lettres exprimerez votre contentement ou vos critiques.
4 - Le correcteur.
Où Serdu passe, la faute trépasse.

5 - Studio Cerise, le coloriste.
François Walthéry est daltonien, il confond le rouge et le vert. C’est pourquoi un coloriste lui est indispensable. Depuis de très nombreuses années c’est le studio Cerise qui assume cette responsabilité pour le plaisir de tous.
6 - Marsu Productions.
Edite l’album en couleur. Il est tiré à 80.000 exemplaires et édité en huit langues : français - flamand - finlandais - danois - allemand - grec - italien et espagnol.
7 - Editions Khani, l’éditeur luxe pour les fanas.
Editent une édition de luxe en noir et blanc légèrement érotique. Chaque exemplaire est numéroté et signé par François Walthéry.
Le nombre d’exemplaires est limité à 400 et est réservé aux fanatiques de la bande dessinée. Bien évidemment un si petit nombre d’exemplaire ne peut que susciter des convoitises ce qui en fait une sorte de placement.
350 exemplaires sont édités afin de montrer la qualité graphique des dessinateurs en noir et blanc pour les puristes. Aucun droit à l’erreur. 50 exemplaires super luxueux sont édités pour les fanas de la BD avec un dessin original dans l’album.8.- Le vrai visage de Natacha.

Tout en début d’album François Walthéry a désiré mettre les auteurs. Or il n’est pas aisé de fixer à trois le même point. Ainsi notre ami Christian Mathoul nous servit de modèle.
Remerciements de l’auteur de ce blog à
François Walthéry et Bruno Di Sano pour les bons moments passés ensemble
à Jean-Pierre Caule (+), Thierri Grondal et Pierre Fontaine (+), premiers correcteurs du manuscrit,
à Guy Jacquemin pour l’aide à la technique du blog.
à Philippe Lambert pour le cocktail d’ouverture dans sa librairie BDscope
à Michel Derriks, Président des Epicuriens Eclairés ainsi qu’à ceux qui l’entourent pour faire la fête : Régine Zurstrassen , Gaëtan Carnoy , Jean-Pierre Crahay , François Lamarche , François Messiaen, redoutable joueur de tennis (en tout cas contre moi) et Baudouin Rabau sans oublier son épouse Brigitte qui m’a drillé lors de ma conférence à la Société Littéraire à Liège
à Leslie et Rebecca Colson, nouveaux propriétaires de la librairie BDscope pour l’aide apportée au suivi de l’album.
A mon Petit Cœur qui a relu mon travail avec le sourire.
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L'histoire
Chapitre 2.- Atoll 66 ou Planche à voile pour Natacha.
Je savais que François Walthéry aimait le jazz et jouait de l’harmonica. Il a dessiné un livre « musical » avec Patrick Dewez, « Mambo à Buenos Ayres » avec Van Linthout aux décors et Thoots Thielemans à l’harmonica.
Cette histoire fut conçue en écoutant du jazz. François perçut un rythme « rock ‘n roll » et les méchants prirent des têtes empruntées aux Rolling Stones.
Comme j’ignorais si mon scénario serait retenu j’ai conçu une histoire intemporelle pouvant s’adapter à n’importe qui.
Le nom initial du comte de Froidbermont était "Comte de la Priz dà Cou-Hanh" ? Cela m'avait permis de sortir quelques pages plus loin "... votre compte électrique".
Ce nom ne fut pas retenu par François parce que l’histoire devait être traduite en 8 langues et mon gag n’aurait été valable qu’en français.
Personnellement j’estime que les personnages secondaires doivent avoir une histoire.
C’est un comte issu d'une très vieille famille portugaise dont un neveu, jeune mousse, avait accompagné Christophe Colomb à bord de la Santa Maria en 1492. Le hasard fit qu'il fut à côté de la vigie. Ce fut lui qui découvrit l’Amérique pendant que la vigie se bourrait une bouffarde.
Christophe Colomb avait d’abord sollicité le Portugal avant l'Espagne. Ainsi la présence du mousse. La famille de la Priz dà Cou-Hanh a conservé le récit anecdotique et en est très fière. Mais la grande Histoire n'a retenu que le nom de Christophe Colomb.
Ce fut l'origine de la fête et de notre aventure. Je désirais restituer dans un autre contexte l'histoire de cette prestigieuse famille. Son ami, Auguste Mouton, irlandais de pure souche, propriétaire d’un vaste domaine à Tiha-Tiha a conservé son nom.
François avait carte blanche et pouvait tout faire avec mon scénario. Il a choisi le Comte de Froidbermont dont j'ignore l'histoire mais j’imagine que celle-ci doit être palpitante.
Et comme écrit un journaliste, Gaston Lecocq, j’ai introduit une égérie, Vaïtiare qui devient Téha sous la plume de François. Téha étant le prénom de l’épouse de Gauguin.
Scénario : Bruxelles. Lors d’une soirée de gala dans une somptueuse propriété du quartier des ambassades, Natacha est abordée par le majordome de la maison qui lui demande un petit service : porter un petit colis (contenant une paire de lunettes) à son fils, cuisinier sur l’atoll de Tiha-Tiha où, justement le lendemain Natacha y fera escale.
Cela vaudra à notre hôtesse une série de péripéties tout à fait inattendues, tout le monde semblant vouloir s’emparer du mystérieux colis, au grand déplaisir de Natacha qui aura souvent l’occasion de regretter son empressement à rendre service…
Heureusement, Walter, toujours aussi maladroit mais dévoué, volera au secours de sa chère hôtesse, avec l’aide de Téha, superbe et mystérieuse « vahiné ». Nos amis se heurteront à une belle collection d’affreux dans une aventure trépidante.
Ce sont les 40 ans de Natacha, sa 20ème aventure et les 10 ans des éditions Khâni. François Walthéry et Bruno Di Sano on mis tout leur savoir-faire dans un graphisme somptueux, tout en courbes et en mouvements. Les décors minutieux de Bruno Di Sano apportent une touche unique à cet album d’exception.

Les traits lumineux sont les voiles qui remuent sous la chaleur dégagée par le radiateur. C’est du grand art.

Dans la mer de rochers la Fiat blanche de Natacha fut totalement démolie.
N’ayant plus d’auto Jacques, un ami, lui a prêté sa Morgan. La plaque est celle de Paul Pevée, médecin à Cheratte, en remerciement. (Lire les auteurs).
Bruno Di Sano est un merveilleux décoriste que j’apprécie beaucoup. Il fallait démontrer la difficulté de l’atterrissage. Nous l’avons conçue en trois images :
1.- Les voitures de pompiers et la fumée montrent qu’il y a un problème.


3.- Le grand art, une journée entière de travail : Le frein qui hurle dans un vacarme assourdissant. Le lecteur est devant l’avion.
Planche 12, case 1

Ronald David Wood né le 1er juin 1947 dans le quartier de Hillingdon à Londres est connu pour sa participation au sein du Jeff Beck Group, des Faces de Rod Stewart et surtout avec les Rolling Stones.
Pas technicien pour deux sous, Ronnie incarne avant tout l'esprit de la guitare et du rock'n'roll.
Keith Richards est né le 18 décembre 1943 à Dartford dans le Kent. Il fut viré de chez lui quand son père vit qu'il ne ferait rien d'autre que de la musique.
Fan de Chuck Berry, il en est le digne fils spirituel et ce forçat de la musique s'appliquera à donner un son si particulier aux chansons des Rolling Stones.
Au début des années 60, il assure les parties de guitares avec Brian. En 69, avec l'arrivée de Mick Taylor, il délaisse quelques peu les soli au profit de la rythmique, et ce jusqu'à l'arrivée de Ron Wood.
Au contraire de Mick Jagger, il ne recherche la respectabilité que pour ses qualités de musicien. Pendant longtemps, il fut un grand consommateur de stupéfiants ce qui lui a valu bien des problèmes avec la justice. Des années 70, il n'en garde qu'un souvenir "poudreux", constamment suivi par son médecin personnel au cas où. On lui doit, en partie, durant cette période, Exile On Main Street, Sticky Fingers et d'autres chefs d'oeuvres.
Extrait du site du www.sympathyforthedevils.com.
Téha est mon empreinte. C'est Bruno Di Sano qui la dessine sinon c"aurait été une seconde Natacha nous dit François.

"Guy d'Artet est aussi le papa de la nouvelle petite camarade de jeu de Natacha, la tout aussi affriolante Téha qui sous ses airs un peu évaporé de Vahiné, cache un jeu que ne renierait pas un certain James B. Alors, à quand les nouvelles aventures de Téha ?" (Gaston Lecocq, Proxi-Liège)
Planche 15, case 6
François présente un hommage à un héros de Tillieux, Bob Bang.
(Image à insérer : Bob Bang saute d’un train.)Né à Huy en 1922, Maurice Tillieux s’est très tôt intéressé à la bande dessinée et au roman policier. Son goût pour l’aventure le pousse à suivre les cours de l’École de Navigation.
En 1945, lors de la création de Jeep, il dessine 5 séries en même temps, soit un total de 20 planches mensuelles.
Sous divers noms d’emprunts à consonance américaine (John Cliff, James Jhames, Ronald Scott,...), il dessine les séries créées et scénarisées par son employeur Guy Depière, du Studio Guy. Il dessine notamment Zénobie, personnage féminin dont s’inspirera plus tard Willy Vandersteen pour donner forme au personnage de Bobette.
En 1947, il quitte le Studio Guy et entre à Heroic Albums avec un personnage de marin, Bob Blake, dit "Bob Bang".
Il crée ensuite Félix, le précurseur de Gil Jourdan.
François Walthéry adore mettre des phrases wallonnes dans les moments les plus dramatiques.

J’avais composé une mélopée en français qui sans être dramatique, n’était pas complètement idiote. « Tous en chœur avec moi : Elle est des nôtres … »
François a repris le chant de l'enterrement de l'Os Matî.
A Liège , en Outremeuse, les fêtes du 15 août se terminent le lendemain par le traditionnel « Ètermin da Matî L’Ohè » ou en français : « L’enterrement de l’Os Matî » Une tradition séculaire qui permet de dire au revoir aux restes d’une fête que l’on souhaite pouvoir revivre l’an suivant.
Cette dernière manifestation, accompagnée des larmes de nombreuses pleureuses, marque la fin de ces festivités liégeoises, et se terminent par un feu d’artifice tiré de la Passerelle.
Dans le cercueil on trouve un énorme os de jambon avec sa bouteille de pèkèt, ses carottes et ses bouquets de céleris.
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Evènements - Conférence
Conférence à la Littéraire de Liège du 15/02/2008
A.- La rencontre.
Ma hantise est qu’un dessinateur de bandes dessinées (BD) puisse avoir le gros cou. Une BD, c’est du rêve. Une héroïne, c’est de l’encre sur du papier. Le dessinateur, c’est un poète.
Ainsi en novembre 1982, Natacha venait d’avoir 15 ans, Paul Pevée, médecin à Cheratte, fief de François, m’affirma que son chef scout était un type bien.
Quelques jours plus tard, à l’improviste, je me rendis chez lui afin de le connaître. Sa maman, une charmante femme d’un certain âge, m’ouvrit la porte et me fit pénétrer dans la cuisine où elle me servit un café avec un large sourire. J’avais 36 ans.
Elle me parla de son fiston durant une heure et comme il ne revenait toujours pas nous avons convenu que je reviendrais plus tard. J’étais content de ne pas l’avoir vu. Timide je préférais m’imprégner de l’ambiance des lieux avant de rencontrer celui que je considérais et considère toujours comme un Maître. Je garderai toute ma vie ce contact chaleureux.
Ce fut au début de 1983 que je le rencontrai. Souriant il m’introduisit dans son antre dont les murs étaient couverts de dessins.
Dans le feu de la conversation je m’entends lui demander s’il accepterait que je conçoive un scénario pour lui et fus le premier étonné d’une réaction positive. Mais il me prévint que cela prendrait beaucoup de temps parce qu’il était surchargé de scénarios.
L’année 1983 fut celle de la réflexion. En décembre je lu dans le Figaro la composition de la drogue qui transforme un homme en zombie et le 21/12/1983 je commençai la première ligne de « Planche à voile pour Natacha » qui devint « Atoll 66 ».
En 1985 François reçut le scénario, en 2001 il me fit parvenir la planche 1 en brouillon.
L’aventure commençait.
Le scénariste conçoit l’histoire et les dialogues jusqu’à la conception de la dernière image, mais François adore remanier le récit en fonction de son expérience et de sa sensibilité.
Le scénario d’une BD s’apparente à celui d’un film. Le scénariste ou concepteur de l’histoire n’offre pas de différence. Dans un film le réalisateur gère des acteurs et dans une BD le dessinateur gère des héros de papier.
Bref si une BD est mauvaise ce sera la faute du scénariste mais si elle est excellente ce sera grâce au dessinateur. Et c’est bien comme cela.
Le « code source » de mon récit est l’effet papillon : Un battement d'aile de papillon à Paris peut provoquer quelques semaines plus tard une tempête sur New-York. Edward Lorenz, météorologue, a découvert en 1972 que l’infime variation d’un élément peut s’amplifier progressivement jusqu’à provoquer des changements énormes au bout d’un certain temps.
Adapté à Atoll 66 cela devient une gigantesque farce axée sur un double quiproquo, bref c’est du théâtre de plein air. Nous avons l’unité de lieu, une île, et l’unité de temps, 24 heures. Bref une atmosphère.
Bref résumé : Natacha doit remettre un colis dans lequel il y a une paire de lunettes et quelques babioles sans importances. Suite à la bêtise de deux individus et d’un douanier dont le chien n’est pas très futé une partie de l’île va exploser. Chaque chapitre va crescendo jusqu’à l’explosion finale avec trois temps morts prévus pour le repos du lecteur.Je voulais que le lecteur pense à Natacha à la lecture de toutes les cases, 2 trucs :
1. - Le kidnapping. Si un être cher est kidnappé on pensera obligatoirement à lui tous les jours. Mais s’il est en vacances on n’y pensera que de temps en temps. Et pourtant dans l’un et l’autre cas la personne chère sera absente.
2.- Le second moyen fut la « blessure » provoquée par l’absorption partielle d’une drogue destinée à transformer un être humain en zombie. Les ingrédients mentionnés sont exacts mais la recette restera secrète.
Victor Hugo, Léopold Sedar Senghor sont mon brin de poésie, les petits gags, les références aux Rolling Stones et autres sont de François Walthéry.
En fin de récit le lecteur ignore ce qu’il y a dans le colis, c’est voulu afin de réaliser éventuellement une suite. Elle devra être originale, haletante et devra surprendre le dessinateur. C’est un défi. Le lecteur est respecté, l’histoire est terminée.
3.- Présentation de François Walthéry.Daltonien, né pour dessiner des « petits Mickets », mais pas pour les mettre en couleur, enfant de Cheratte, près de Liège en Belgique, il vit parmi les pigeons. (Le vieux Bleu).
Collectionner des statues de Tchantchès ou des nains de jardin serait « normal », mais chez lui vous ne verrez ni Tchantchès, ni Schtroumpfs pourtant il a dessiné l’un et l’autre ainsi que Pipo, Jacky et Célestin, Benoît Brisefer, Johan et Pirlouit, le p’tit bout d’chique
D’une gentillesse rare il sait ce qu’il veut. Jamais il ne vous contredira car il a le sens inné de la diplomatie. Il suffit d’un regard, voire d’un silence plus ou moins long et vous aurez compris que votre idée, quoique excellente, n’est peut-être pas la bonne.
Riche en amitié, c’est un être profond. Il est fidèle envers ses maîtres que sont Mittéï, Peyo, Cauvin, Tillieux, qui furent aussi ses scénaristes, ou bien Franquin qu’il vénère.
Natacha est née en novembre 1967 avec Gos, François Walthéry avait 21 ans. Quarante ans plus tard il publie « Atoll 66 » sa 20ème aventure. C’est un double anniversaire. C’est aussi les 10 ans des éditions Khâni.
4.- Présentation de Bruno Di Sano.Dans un garage un superbe dessin de femme fixé au mur par 4 punaises s’appelle une pinup. Avant d’être dessinateur Bruno Di Sano fut mécanicien automobile. Il aime dessiner des « femmes punaisées ».
Son héroïne s'appelle Johanna, en collaboration avec François Walthéry mais en 2007 il reprend la série Rubine , aventures policières américaines sur scénarios de Mythic.
A cette conférence nous avons l’honneur d’accueillir François-Xavier Nève de Mévergnies, linguiste de haut niveau.- Tu auras remarqué, François-Xavier, que les quelques phrases en wallon ne correspondent pas au stress de la scène vaudoue. C’est notre clin d’oeil à la culture wallonne.
- François-Xavier, accepterais-tu de poser la première question ?
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Victor et Léopold
Version 4.03 - Mise à jour le 28/09/2008
Victor Hugo, 1802 - 1885, mon Maître en poésie.
Pour le fun des lecteurs vous trouverez ci-dessous la poésie complète de Booz endormi de Victor Hugo (planche 1) et des explications sur l’extrait poétique de Léopold Sedar Senghor, le Kaya-Magan. (planche 7)
La Légende des siècles - Booz endormi.
Booz s'était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.
Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ;
Il était, quoique riche, à la justice enclin ;
Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ;
Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.
Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril.
Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :
« Laissez tomber exprès des épis, » disait-il.
Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc ;
Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.
Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.
Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'œil du vieillard on voit de la lumière.
Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens.
Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres,
Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;
Et ceci se passait dans des temps très-anciens.
Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ;
La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait,
Était encor mouillée et molle du déluge.
Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;
Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée
Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.
Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ;
Une race y montait comme une longue chaîne ;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un Dieu.
Et Booz murmurait avec la voix de l'âme :
« Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,
Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.
» Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi,
Ô Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;
Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre,
Elle à demi vivante et moi mort à demi.
» Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?
Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ?
Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;
Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ;
» Mais, vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau ;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
Comme un bœuf ayant soif penche son front vers l'eau. »
Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.
Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.
Booz ne savait point qu'une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.
L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.
La respiration de Booz qui dormait,
Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On était dans le mois où la nature est douce,
Les collines ayant des lys sur leur sommet.
Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.
Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,
Immobile, ouvrant l'œil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
Avait, en s'en allant, négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.
4.2 - Léopold Sedar Senghor. (Sénégal, 1906 - 2001).
« Kaya-Magan, je suis !
La personne première
Roi de la nuit d’argent
Roi de la nuit noire.
L’étrangère aux yeux de clairière
Aux lèvres de pommes cannelles…
A l’âme de buisson ardent.… »
Les Ethiopiques, le Kaya-Magan.
C’est ainsi que j’ai relu ces vers. Internet existe à présent et ma curiosité s’est dirigée vers l’auteur. C’est ainsi que j’ai trouvé une trentaine de pages écrites par Philippe Chailan, Jacqueline Sorel (avec la collaboration de Simonne Pierron).
Je ne puis m’empêcher de les retranscrire en souhaitant que ces deux textes vous apportent autant de plaisir qu’à moi. Ce sera notre petit quart d’heure de bonheur.
Léopold Sedar Senghor serait d’origine Sérères qui étaient des animistes. L'animisme est l'attitude religieuse traditionnelle en Afrique, et consiste à attribuer aux choses une âme analogue à l'âme humaine.
Historiquement, les Sérères ont fui les rives du fleuve Sénégal, sous la pression de l'Islam, en particulier sous la pression d'un peuple islamisé d'Afrique occidentale, les Toucouleurs. Car, en Afrique noire, animisme et Islam coexistent souvent, et n'ont pas toujours cohabité pacifiquement dans le passé.
Généralement, les Sérères se sont convertis au christianisme. On ne s'étonnera donc pas de trouver chez Senghor un mélange de traditions animistes et de foi chrétienne
Dans les langues négro-africaines, "presque tous les mots sont descriptifs". Nommer, c'est décrire - c'est donc, véritablement, rendre présent, - alors que depuis la fin du XIXème siècle, un certain nombre de poètes français, symbolistes notamment, ont pensé que nommer, c'était désigner les choses en absence, et, d'une certaine façon, faire briller leur absence.
La nomination dans un cas au moins produit une identification entre le locuteur et un personnage. Devons-nous simplement considérer dans ce cas que, comme avec le narrateur dans un texte en prose, l'auteur pose d'emblée un je fictif, un je qui n'est pas le sien ?
Le rapport semble plus complexe: si le locuteur du poème intitulé Le Kaya-Magan commence par dire: "Kaya-Magan je suis ! la personne première", ce n'est sans doute pas seulement pour imposer au lecteur son identité; et l'inversion de l'attribut et du verbe n'est sans doute pas là seulement pour mieux nous l'imposer.
Si l'on repense à ce qu'écrit Senghor de l'image analogique et du pouvoir du verbe, il faut sans doute considérer cette exclamation et l'inversion qu'on a décrite comme un moyen d'appeler la présence même de Kaya-Magan: comme si le je du locuteur s'appelait lui-même à la présence, appelait sa propre présence - ou comme si le je du locuteur s'identifiait à Kaya-Magan par cette opération de nomination.
Rappelons que Kaya-Magan est le titre que portait l'empereur dans une ancienne dynastie du Mali.
On peut s'interroger d'ailleurs sur la suite du vers: "la personne première". Cette expression veut-elle dire: la personne la plus éminente ? Ou veut-elle dire: moi, qui vous parle à la première personne, je suis - ou je deviens - l'empereur, le Kaya-Magan ? Sans doute est-ce un peu les deux.
Le rythme comme thème privilégie la poésie de Senghor. L'importance du rythme est évidente à deux titres: - d'une part, comme trait distinctif de la poésie négro-africaine, d'autre part comme thème tout simplement: le rythme dont il est si souvent question dans la poésie de Senghor semble alors se confondre avec les battements du cœur africain, avec le rythme vital de l'Afrique.
Rythme musical et rythme vital: le jazz et la syncope. Il arrive que le substantif soit suivi d'un nom d'instrument de musique en position de complément du nom:
"Silence de combat sans éclats de silex, au rythme du tam-tam tendu de sa poitrine / Au seul rythme du tam-tam que syncope la Grande-Rayée à sénestre." (L'Homme et la Bête)
Dans l'esprit de Senghor, le rythme est également associé au jazz, musique créée par les Noirs américains.
Ce qui permet l'association entre rythme traditionnel et jazz est peut-être l'importance de la syncope: ce mot désigne, en musique, la prolongation sur un temps fort d'un élément accentué d'un temps faible, produisant un effet de rupture dans le rythme: ainsi, on pourrait donner contretemps comme synonyme de syncope.
Philippe Chailan
Femmes de l’ombre : Sia Isabéré, la femme sacrifiée
L’histoire d’Isabéré ne relève pas du domaine de la légende mais des mythes restés dans la mémoire collective après la disparition des grands royaumes.
Elle touche l’imaginaire des peuples du Sahel et rappelle que religion et royauté sont intimement liées. Une jeune fille sacrifiée pour la prospérité du royaume... un serpent python qui incarne le pouvoir religieux... un guerrier qui ose enfreindre l’interdit et défendre sa fiancée, ces anciens thèmes gardent toujours leur intérêt ; ils ont été récemment repris et modernisés par Dany Kouyaté dans un beau film intitulé Sia ou le rêve du python.
Nombreux sont les peuples d’Afrique qui situent leur origine dans l’est du continent. Ainsi en est-il des Soninkés et des Sarakolés, que l’on rencontre en Afrique de l’Ouest, en particulier au Mali ou dans les régions avoisinantes.
La tradition orale raconte qu’un jeune homme, nommé Dinga, aurait traversé le Sahara d’est en ouest avec une petite troupe de chasseurs et qu’ils se seraient fixés dans le sud de la Mauritanie, sans doute dans la région d’Aoudagost.
Par la suite, son fils Dyabé, muni des tambours royaux, serait descendu plus au sud et, sur les conseils d’une hyène et d’un vautour, il se serait installé dans un lieu nommé Wagadou, ce qui signifie pays des troupeaux.
De nombreux chercheurs ont tenté de situer l’emplacement de ce royaume et de sa capitale Koumbi Saleh. Le désert a jeté son manteau de dunes sur les lieux, et l’empire de Ghana qui lui a succédé a brouillé les mémoires, tandis que les villes anciennes de Mauritanie, en traçant les routes du commerce qui se développa par la suite ont fini par submerger ce passé lointain.
Reste la légende, et en particulier l’histoire de Sia Isabere, cette jeune fille belle et sage qui vivait en ce temps là et qui fut choisie par le destin pour assurer la prospérité d’un peuple.
Dyabé arrivé de l’est aurait-il eu pour origine la région du Nil comme le laisserait supposer son teint pâle et ses compagnons, le vautour et la hyène ?
Toujours est-il que son installation dans le Wagadou fit l’objet d’un contrat avec l’habitant des lieux : le serpent Bida, un python qui logeait alors dans un puits profond et qui, selon certains récits, aurait pu être un demi-frère de Dyabé.
Les exigences du Bida ne se discutaient pas : chaque année, en fin de saison sèche, une jeune fille vierge, vêtue de blanc et montée sur un cheval, blanc également, devait lui être offerte au cours d’une cérémonie rituelle présidée par le roi, le Kaya Magan du Wagadou. Ce qui fut fait chaque année. Le royaume prospérait, et l’on pouvait supposer que le sacrifice offert au serpent était vraiment nécessaire pour faire venir la saison des pluies.
L’herbe poussait, les feuilles verdissaient, les oueds se remplissaient et les troupeaux pouvaient se développer en même temps que la richesse des habitants.
Offerte au terrible serpent python
Le choix de la jeune vierge à sacrifier chaque année revenait à une assemblée de féticheurs et de guerriers, réunie autour du Kaya-Magan.
Son nom était tenu secret jusqu’au jour prévu pour la cérémonie. Au petit matin, les tambours entraient en jeu et les coeurs frémissaient en les entendant.
Sia Isabéré était de famille noble. Son père faisait partie de l’entourage du roi et la main du conseil n’aurait pas dû s’abattre sur elle pour l’offrir en sacrifice au serpent python. Mais la jeune fille était à la fois belle et sérieuse et pourquoi ne pas penser qu’elle suscitait jalousie et envie parmi les vieux prétendants éconduits, ceux-là même qui la désignèrent comme victime cette année-là ?
« Je dis KAYA MAGAN je suis ! Roi de la lune, j’unis la nuit et le jour.
Je suis Prince du Nord du Sud, du Soleil-levant Prince et du Soleil-couchant.
La plaine ouverte à mille ruts, la matrice où se fondent les métaux précieux ».
Oui, le Kaya Magan, maître tout Puissant de la destinée du Wagadou accepta le sacrifice. Mais, dans son entourage, il y eut un homme à qui le vent porta la nouvelle et qui refusa de voir la beauté et l’innocence précipitées dans la gueule du monstre.
Mamadou, fiancé choisi par la famille de Sia Isabéré, se préparait à payer la dot de sa future épouse. Au cours de ses voyages à travers le Sahara, le jeune homme avait rencontré d’autres peuples, fréquenté des caravanes, acquis d’autres habitudes et, comme son nom l’indique, il était musulman.
Le sacrifice coutumier d’une jeune fille lui paraissait d’autant plus barbare qu’il s’agissait cette fois de sa fiancée.
Comme beaucoup de jeunes de l’époque, Mamadou était à la fois berger et guerrier. Il faisait partie d’une classe d’âge qui, dans ses discussions, pouvait remettre en cause les traditions, tout en restant soumis aux lois du royaume. Mamadou était capable de rébellion, et cette fois il décida de refuser la coutume imposée par les anciens.
Terrifiée, elle sanglotait en silence
La nuit qui précéda la cérémonie du sacrifice, des hommes en armes vinrent, au nom du Kaya Magan, se saisir de la jeune fille élue. Sia Isabéré, qui n’avait jusqu’alors rien soupçonné, fut terrifiée.
Aux parents, on présenta comme un honneur d’avoir une fille considérée comme la plus belle et la plus sage du clan. Pour compenser sa perte - car la femme est une richesse à la fois comme main d’œuvre et comme mère - ils allaient recevoir, leur dit-on, son poids en or, celui que le Wagadou détient grâce à son serpent protecteur, le Bida.
Les parents s’inclinèrent et la jeune fille ne put que sangloter en silence. Elle se sentit seule, abandonnée.
Le jour dit, tandis que l’aube se lève, les tambours royaux se mettent à battre. Les femmes revêtent la future victime des étoffes blanches qui doivent entourer son corps d’adolescente. Sa tête, couverte d’une mousseline fine est cernée d’une couronne de plumes de couleur virginale. Le cheval blanc, qui doit la conduire à l’antre du python piaffe sous la main d’un jeune palefrenier tandis que la foule, à la fois angoissée et délirante, chante les louanges de l’héroïne du jour.
Il s’agit bien d’une fête, personne ne doit l’oublier. Une fois la jeune fille livrée au monstre, un grand festin attend les invités qui ne penseront plus au sort de la victime et ne garderont en mémoire que la nécessité du sacrifice et le poids d’or distribué en compensation.
Mamadou s’est tapi dans les herbes hautes. Il a placé ses compagnons d’armes non loin du puits, lieu ultime du sacrifice.
Faire, ne serait-ce qu’un léger signe à sa fiancée pour lui donner espoir et lui montrer qu’il est présent, serait pour lui un soulagement, mais il doit se cacher et ne peut manifester son soutien. Il la voit donc, parée des riches étoffes qui auraient dû être celles de son mariage, il observe ses larmes retenues, sa tristesse, et son cœur se déchire.
Tandis que la jeune fille descend de cheval et, alors que tous les regards sont tournés vers elle, il rampe près du puits et prépare son épée.
Sia Isabéré est accompagnée par des femmes qui la dirigent vers l’antre du Bida et la laissent seule. Elle attend en silence et ferme les yeux. Que ressent-elle à cette minute même ? Peur ? Sûrement. Révolte ? Peut-être. Fierté d’avoir été choisie pour assurer l’avenir d’un peuple ? On peut en douter. Mais la destinée des femmes est d’être soumise et d’accepter leur sort et Sia s’y conforme. L’angoisse l’étreint.
Mamadou tranche la tête du monstre
Le serpent est sorti du puits, il élève la tête et la tourne en tous sens pour observer sa proie. La foule retient son souffle et, soudain, Mamadou se lève et, d’un grand coup de sabre, tranche la tête de l’animal en plusieurs morceaux qui se répandent au loin.
Dans un grand cri de haine le serpent prédit « sept ans de sécheresse » à ce peuple ingrat qui lui doit sa prospérité. Et c’est à partir de ce jour-là, racontent les anciens, que le Sahara a commencé à se transformer en désert, et que le royaume du Wagadou s’est trouvé supplanté par l’ancien Ghana.
Et c’est à partir de cette époque, ajoutent certains, que l’Islam s’est introduit dans la région, à côté des religions traditionnelles. Mamadou en aurait été le symbole.
On raconte aussi que les débris du python ont atterri dans le Bambouk et le Bouré, donnant naissance aux mines d’or qui firent la richesse de l’empire de Ghana. Les mythes sont chargés d’histoire, encore faut-il pouvoir les interpréter. (Des chercheurs s’y sont intéressés, notamment Lilyan Kesteloot dans ses nombreux ouvrages publiés à l’IFAN de Dakar).
Royaume du Wagadou, Empire du Ghana, puis Empire du Mali, l’histoire de l’Afrique de l’Ouest a conservé le souvenir de la grandeur de ce passé prestigieux. Les temps anciens sont toujours empreints de merveilleux dans la mémoire des peuples. Gageons cependant que peu de jeunes filles, belles et sages, souhaiteraient pour leur part y revenir.
Jacqueline Sorel avec la collaboration de Simonne Pierron.
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Table des matières
Version 4.03 - 28/08/2008
Chapitre 1 le scénario
1 - Qu’est-ce qu’un scénario de bandes dessinées ?
2 – Construction du scénario.
2.1 - Le synopsis.
2.2 - La construction.
2.3 – La technique.
3 - Les idées.
3.1 – L'effet papillon.
3.2 – Les gags.
3.3 – Les ingrédients.
3.3.1 – Le colis infernal.
3.3.2 - Le satellite.
3.3.3.- Le vaudou.
4 - La poésie
4.1 - Victor Hugo
4.2 - Léopold Sedar Senghor
5 - Atoll 66 ou Tiha-Tiha, la capitale.
5.1 - Localisation.
5.2 - Origine du nom.
5.3 - L'habillement.
Chapitre 2 - Les planches de Atoll 66 ou Planche à voile pour Natacha.
Chapitre 3 - Les auteurs.
1 - François Walthéry.
2 - Bruno Di Sano.
3 - Guy d’Artet.
3.1 la signature
4 – Serdu, le correcteur
5 - Studio Cerise, le coloriste.
6 - Marsu Productions, l'éditeur.
7 - Les Editions Khani, l'éditeur luxe pour les fanas.
8 - Le vrai visage de Natacha.
Chapitre 5 - Victor et Léopold.
Chapitre 5 - Les critiques et évènements (en confection).
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Remerciements
Version 2.02 - 28/11/2007
9 - Remerciements à
Therri Grondal, Pierre Fontaine (+), premiers correcteurs du manuscrit,
Guy Jacquemin pour l’aide à la technique du blog.
Philippe Lambert pour le cocktail d’ouverture dans sa librairie
Michel Derriks, Président des Epicuriens Eclairés,
ainsi qu’à ceux qui l’entourent pour faire la fête : Régine Zurstrassen , Gaëtan Carnoy , Jean-Pierre Crahay , François Messiaen , François Lamarche.
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Vide
Vide
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Vide
Vide
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Liens
Fan club de Natacha
Les amis de François Walthéry ASBL
http://walthery.over-blog.com/35-index.html
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13/11/2007
Vide.
Vide
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